Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 13:57

Lautrec_chocolat_dancing_in_the_-irish_american_bar-_1896.JPGJeudi 23 février dernier, Gérard Noiriel était au théâtre du Gymnase pour tenir une conférence au sujet de la pièce de théâtre « Chocolat, clown nègre » qui s’est joué du 22 au 24 dans le même théâtre. Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler, mais « Chocolat » a été le premier artiste noir français. Et c’est bien ça le problème : vous n’en avez jamais entendu parler malgré son succès incontestable dans le monde du spectacle. Cela nécessitait effectivement quelques explications.

 

Gérard Noiriel, historien français et spécialiste reconnu de l’immigration en France, a mis plusieurs années à préparer ce projet rassemblant artistes, acteurs de la vie civique et chercheurs. L’idée ? « Restaurer l’idéal du théâtre au lendemain de la Seconde Guerre » pour divulguer un savoir par le spectacle. Un savoir difficile à rassembler dans le cas de Chocolat, de son vrai nom Raphaël Padilla.

 

 

Raphael Padilla : un début de vie impitoyable

 

Raphaël est né en 1868 à la Havane, à Cuba, vraisemblablement de parents « nègres marrons », ces esclaves qui s’étaient enfui des plantations au péril de leur vie. Vendu à 8 ou 10 ans à un marchand portugais qui le ramène en Europe, il travaille comme domestique et garçon de ferme au sein d’une exploitation dont il s’enfuit vers 14 ou 15 ans pour errer dans les rues de Bilbao. Il s’engage finalement dans les mines de fer.

Le dimanche, il se rend au bar comme tous les mineurs et déjà, il impressionne ses confrères par ses talents de danseur. C’est à ce moment qu’un grand clown anglais, Tony Grice, le repère et l’emploie comme homme à tout faire.

C’est ainsi que Raphaël entre dans le monde du spectacle.

 

 

« Ils se foutent de ma gueule mais je suis en haut de l’affiche »

 

Les européens n’ont souvent encore jamais vu de noirs, et la seule présence de Raphaël provoque le rire. On le traite de « mal blanchi ». Raphaël a tellement de succès qu’il décide de prendre son envol, de quitter le service de Tony Grice et de tenter sa chance dans le monde du spectacle. C’est tout naturellement qu’il y trouve sa place et c’est, de façon ironique, ce rire qu’il provoque à cause de sa couleur de peau qui lui permet de s’émanciper.

Il arrive à Paris en 1886. Nous sommes sous la IIIème république en France et les « nègres », terme générique utilisé pour désigner les noirs, ont le choix entre deux surnoms : « Chocolat » ou « Bamboula ».

 

« Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête » (André Gide)

 

En fait, Raphaël pourrait se sentir humilié, bafoué et méprisé mais il va se servir de l’effet qu’il fait aux spectateurs. Lui, le gosse des rues, l’ancien esclave, il n’en a rien à faire de ce que pensent les gens, qui le raillent à cause de sa couleur de peau ou de sa gestuelle qu’ils jugent simiesque. D’ailleurs, il en rajoute. Tout ce qui compte pour lui, c’est d’être sur scène et d’en vivre, et il y réussit. En 1888, il triomphe dans « Les noces de Chocolat », le plus gros succès de l’établissement qui l’accueille.

 

Il profite de l’arrivée de la démocratie, de la fin de la censure, mais aussi de l’expansion économique qui se traduit par l’apparition du cirque et du music hall. Fin XIXè siècle, le mot « actualité » fait son apparition et « Chocolat » est l’acteur parfait pour incarner des pièces mettant en scène des chefs de tribu africaine ou des personnalités antillaises dont on rapporte les histoires dans la presse, alors en pleine expansion puisqu’en 20 ans on passe de 1 à 10 millions de lecteurs.

 

Le premier duo de clown : le clown blanc et l’ « Auguste »

 

C’est à Paris qu’un clown anglais, un certain George Footit, Tudor Hall de son vrai nom, repère Raphaël à qui il propose une collaboration. Leur duo, Chocolat et Footit rencontre un immense succès. Leur succès est tel qu’ils deviennent les premiers artistes à faire de la publicité, mais aussi les premiers acteurs du cinéma muet.

 

A partir de 1895, Chocolat et Footit déclinent leurs sketches, ponctués de scènes de cascades, de gags… mais aussi et surtout de scènes d’humiliation. Chocolat joue l’Auguste, c'est-à-dire le souffre-douleur du blanc. Les scénettes se terminent toujours par le même leitmotiv de Footit : « Monsieur Chocolat, je vais être obligé de vous frapper ». Dans leur duo, Raphaël le noir joue un personnage infantile, espiègle et farceur que Footit le blanc, a pour mission aux yeux du public, de corriger.

 

Connaissez-vous l’expression « être chocolat » ? Elle signifie être berné, trompé. Elle nous vient de ce fameux duo.

 

Le succès est au rendez-vous jusqu’en 1903 puis décline jusqu’en 1910, où le duo se sépare. Gérard Noiriel y trouve plusieurs explications.

Le métier d’artiste de spectacle est par nature un métier précaire ; l’intérêt du public arrive aussi soudainement qu’il s’éloigne.

L’arrivée en France du show biz américain, notamment avec le Cake Walk, une danse du sud. Les français découvrent un autre « catégorie » de noirs : des professionnels de la danse. Chocolat apparaît immédiatement daté à côté de cette nouvelle génération.

Et l’affaire Dreyfus…

 

 

L’affaire Dreyfus : un tournant dans la réflexion sur les droits de l’homme…. Et une calamité pour la carrière de Chocolat

 

Rappel des faits : en 1894, Afred Dreyfus, un capitaine alsacien de confession juive est accusé puis condamné pour espionnage. A l’époque, la droite et l’extrême droite soufflent –fort- sur les braises de l’antisémitisme. En 1898, Emile Zola publie « J’accuse », une tribune dans lequel il dénonce le caractère complètement antisémite de cette accusation : pour lui -comme pour tous les autres intellectuels qui le rallient dans le mouvement de la ligue des droits de l’homme-, Dreyfus n’est condamné que parce qu’il est juif. Et c’est inadmissible.

S’ensuit un grand débat sur les valeurs républicaines. La France veut se définir comme la patrie des droits de l’homme.

Et montrer un noir frappé par un blanc, ça commence à déranger… Le Nouveau Cirque de Paris ne renouvelle pas le contrat de Footit et Chocolat. Chocolat tente alors, vainement, une reconversion dans le théâtre mais s’il est estimé en tant qu’artiste du spectacle par ses pairs, il est impossible pour lui d’être reconnu en tant que comédien.

 

 

« Intellectualisation des clowneries », affaire Dreyfus et Droits de l’homme

 

Pour une frange éduquée de la population, les spectacles de Footit et Chocolat ne sont ni plus ni moins que l’illustration de la mission civilisatrice de la France dans ses colonies. C’est en tout cas ce qu’explique la Revue Blanche notamment, dans laquelle rédige le milieu intellectuel de l’époque, l’avant-garde à Montmartre, composée d’aspirants intellectuels, pigistes, et autres wannabe écrivains qui délivrent une interprétation politisée des clowneries de Footit et Chocolat.

 

Vous avez bien lu, des intellectuels comme Proust, Apollinaire, mais aussi Blum ou Gide ont fait ce genre d’analyse… Avant de se retrouver franchement « gênés aux entournures » comme dit Gérard Noiriel, confrontés à leurs propres positions en faveur des droits de l’homme.

 

 

Raphaël, ancêtre des danseurs Hip Hop en France ?

 

Il reste peu de traces de son passage. Raphaël, contrairement à Footit, ne fait pas l’objet de beaucoup d’articles. Les journalistes s’intéressent peu à sa vie. Gérard Noiriel insiste sur la difficulté qu’il a eu à rassembler des informations sur la jeunesse de Raphaël Padilla, sur le manque de curiosité des observateurs de l’époque. La date de sa naissance d’ailleurs reste incertaine.

Tudor Hall/George Footit a été enterré au cimetière du Père Lachaise, Raphaël Padilla/Chocolat a été jeté dans la fosse commune avec les indigents, à Bordeaux… Une ville d’où partaient des bateaux négriers à l’époque.

 

Raphaël s’était marié avec une française du nord, Marie Grimaldi, dont il a adopté les deux enfants. Il les a élevé comme ses propres enfants et leur apprit les métiers du cirque. Si la fille de Marie meurt prématurément à l’aube des 20 ans, son fils Eugène montera quelques numéros avec son père adoptif, en portant fièrement le surnom de ce dernier.

Il n’en reste pas moins que Raphaël a ébloui les spectateurs, venus pour rire de lui, partis convaincus de ses prouesses scéniques et de ses talents de danseur. Ses qualités d’artiste de scène n’ont jamais été remises en cause.

 

Gérard Noiriel insiste sur la nécessité de remettre en contexte l’histoire de Raphaël. Loin de penser forcément à mal, la majorité de la population regarde de façon assez naïve et candide ces gens aux traits et à la couleur de peau si différents. C’est une découverte totale. En cela, l’exposition sur les Zoos humains qui se tient au Quai Branly jusqu’en juin prochain a le mérite d’attirer la lumière sur un pan de l’histoire méconnu et encore peu abordé mais se risque, selon lui, à une interprétation anachronique.

 

Le théâtre du Gymnase, quant à lui, organise régulièrement des débats autour des pièces qu’il donne à voir, lorsque le thème est « susceptible d’intéresser le public ». Marie-Julie Amblard, chargée des relations publiques a eu le nez fin : nous sommes un jeudi, vers 15H, et pas moins de 60 personnes se sont déplacées pour en savoir plus sur le premier artiste noir français.

 

 

Par Marica - Publié dans : La société, elle a plein de problèmes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 11:13

La présentation tenue par François Roux le 02 mars dernier à propos de son livre, paru en octobre 2011 sous les éditions Max Milo résonne de façon particulière à la lumière des évènements récents. De quoi est capable un être humain ? Comment peut-on se retrouver à cautionner la haine totale ? A qui accordons-nous du crédit ? Enfin, en cette période difficile pourrions-nous revivre l’avènement d’un pouvoir totalitariste, pensant de bonne foi qu’il serait une solution à nos problèmes ?

 

François Roux est psychologue de formation mais depuis 2006, il a décidé de se consacrer à l’écriture. « Auriez-vous crié « Heil Hitler » » est son deuxième opus, et comme dans le premier, « La Grande Guerre Inconnue », il s’intéresse à l‘humain, à l’intime. Comment les gens ont vécu le nazisme et l’horreur de la guerre dans leur vie personnelle ? Une façon originale d’aborder l’histoire qui a plu à son éditeur.

 

900 pages, 25 témoins, 250 publications et journaux intimes consultés, 6 ans de recherches

 

 

Sa démarche ? Anti-historique selon les historiens, on ne tire pas des « leçons » du passé. Ses intentions ? François Roux a cherché dans cet ouvrage à savoir si la France d’aujourd’hui pouvait produire les mêmes effets que l’Allemagne de 1932 et ce que nous aurions fait, nous, à la place des européens et notamment des allemands de l’époque. La force de l’ouvrage ?

L’incitation pour le lecteur à se projeter et s’identifier à des gens confrontés à un phénomène historique inédit.

Qu’est-ce que j’aurais fait ? Serais-je entré en résistance ? La Résistance, c’est le sujet qu’il voulait traiter au départ, mais il s’est vite rendu compte qu’il fallait développer une première partie chronologique sur l’enchaînement des évènements avant de l’aborder.

 

« Quand on dit que les allemands ont élu Hitler, c’est faux »

 

En 1928, le parti national-socialiste (dont la contraction donne nazi) atteint le score ridicule de 2,6% dans les suffrages mais l’Allemagne souffre d’un endettement public abyssal. La crise de 1929 met le pays à genoux : le chômage est multiplié par 6, les gens meurent de faim dans la rue, les inégalités explosent et la crédibilité des élites est remise en cause. François Roux souligne : la situation était particulièrement dramatique et nous n’en sommes pas là aujourd’hui en France. La droite alors en place décide de donner le pouvoir à un certain Adolf Hitler, pensant qu’il va rétablir l’ordre et qu’il suffira ensuite de l’évincer.

 

Hitler, on le sait, ne lâchera plus le pouvoir. Selon François Roux, si une minorité le soutient, une grande majorité reste partagée mais en attente désespérée de solutions. Une fois entré en guerre, Hitler force les allemands à se ranger derrière lui. Les Allemands se retrouvent coincés entre leur gouvernement et les alliés qui bombardent leurs villages.

 

Pas un panel sociologique, mais des gens comme nous, confrontés à l’innommable  

 

François Roux s’intéresse tout particulièrement aux journaux intimes, aux écrits qui n’avaient pas vocation à être publiés, au courrier des déserteurs, des prisonniers de guerre, aux carnets de gens lambda, d’étudiants, de professeurs, de journalistes ou d’étrangers habitant alors en Allemagne mais vous trouverez aussi dans ces pages des extraits de la correspondance de Joseph Goebbels, le ministre de la propagande sous le IIIème Reich.

 

Les camps de concentration : beaucoup croient à une rumeur des alliés

 

Enfin, après s’être demandé si les allemands avaient voulu Hitler, et s’ils avaient adhéré à ses choix politiques, François Roux s’est penché plus particulièrement sur le génocide et les camps de concentration. Les gens étaient-ils au courant ? Là, son travail apporte une réponse qui ne manquera pas d’attirer notre attention : des rumeurs circulaient mais, étant en période de guerre, de nombreux allemands croyaient justement qu’il ne s’agissait que de rumeurs.

 

Il cite l’exemple d’une femme, de confession juive, dont la famille a été déportée, qui s’informe par la radio anglaise pourtant tout au long de la guerre et qui ne réalise que ces camps existent vraiment qu’à la fin de la guerre. L’écrivain ajoute que les camps étaient soigneusement cachés, preuve que les nazis savaient qu’ils n’auraient pas l’assentiment des allemands.

 

Ne dit-on pas que les petites histoires font la grande histoire ?

 

François Roux termine son ouvrage au titre très calibré par les actes de résistance, parfois de simple résistance passive des individus. Il s’attache à explorer cette résistance populaire, qui naît d’un sursaut moral pour certains –et de convictions politiques pour d’autres, notamment les communistes.

 

Même si la situation actuelle de la France n’a que peu de points communs avec celle de l’Allemagne d’alors, même si les conclusions de François Roux ont forcément été orientées par ses propres convictions, il n’en reste pas moins qu’il nous pose une question quasi universelle et apporte un point de vue éclairant, centré sur l’humain, sur un épisode de l’histoire qui n’avait jamais eu de précédent.

 

Dans une situation de chaos, que ferions-nous ?

 

Par Marica - Publié dans : La société, elle a plein de problèmes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 13:28

Pas besoin de revenir sur les faits qui se sont produits la semaine du 18 mars, tout le monde les connaît. Entre relents antisémites et peur de l’amalgame, victimes innocentes et violence déchaînée, nous avons tous vécu un traumatisme. Quelle réflexion peut-on mener pour comprendre ce qu’un tel évènement dit sur notre époque et sur notre pays ?

 

 

Si les militaires ont été tués parce qu’ils servaient l’état Français et ses actions militaires notamment en Afghanistan. Les enfants et leur professeur eux, ne l’ont été que parce qu’ils étaient de confession juive. Aujourd’hui encore, les juifs focalisent sur eux la haine. Israël ou pas Israël, les juifs ne cessent d’être pris pour cible. Cela ne vous paraît pas bizarre, cette haine systématique ? Que l’on se critique les uns les autres est naturel, et plutôt sain, mais de là à haïr systématiquement une communauté… ?

 

Ben-Dror Yemini, un éditorialiste du quotidien de droite israëlien Maariv fait le constat suivant : «Il y a une étrange convergence, particulièrement en France, entre l'extrême-droite, l'extrême-gauche et le Jihad mondial (partisans de la "Guerre sainte" islamiste) autour de la haine d'Israël et des juifs.»".

 

Les Protocoles des Sages de Sion, un faux qui continue d’être pris pour un vrai

 

Une haine alimentée par des lectures en apparence inoffensives, des blogs nauséabonds qui vous disent soi-disant la « vérité vraie », et dénoncent le « complot américano-sioniste », les juifs et leur volonté de dominer le monde... Ces contenus  sont fortement inspirés des Protocoles des Sages de Sion, un faux rédigé par les conservateurs russes et destiné au Tsar de l’époque. Les conservateurs ne voulaient pas industrialiser le pays, ils ne voulaient pas le moderniser. Pensant que les juifs étaient responsables de ce progrès, ils ont écrit ce livre, le faisant passer pour un ouvrage secret, qui circulait dans la communauté juive. Tout ça par peur d’être distancés.

 

Cet ouvrage continue de faire fantasmer littéralement de nombreux lecteurs, y voyant la preuve de la volonté absolue des juifs de vouloir contrôler le monde. Un délire complet. Alors posons-nous la question : les juifs sont-ils tous riches ? Les grands patrons sont-ils tous juifs ?( D’ailleurs les grands patrons décident-ils tous seuls, sans conseil d’administration, sans conseil de direction ?) Les riches sont-ils tous juifs ? Vous commencez sûrement à voir la stupidité de la chose.

 

A ceux qui croient que les juifs détiennent 75% des médias (d’où sortent-ils ces chiffres ?), demandons-leur si ceux-ci contrôlent aussi les médias jusqu’en Chine ou en Russie, où l’affaire de Toulouse a été traitée ? L’affaire a eu un grand retentissement parce qu’elle touche une fois de plus la communauté juive, sujet de fantasmes et de jalousie.

 

Fragilité psychologique + antisémitisme latent

 

Ce n’est un secret pour personne mais c’est un tabou certain. Il existe un sentiment critique à l’égard de la communauté juive dans certains quartiers, où, encore une fois ce n’est un secret pour personne, vivent de nombreuses personnes de confession musulmane. Notamment en raison du conflit Israëlo-Palestinien, est, comme me l’avait expliqué une sympathisante d’un mouvement pro-palestinien, une question souvent abordée au « pays ».

 

La frustration, le manque de perspectives professionnelles, l’ostracisme et le racisme réel dont sont régulièrement victimes les habitants de ces quartiers en amènent certains à une réflexion amère qui prend parfois une tournure hostile, surtout vis-à-vis de ceux qu'on identifie comme privilégiés, comme "riches" (cf : l'affaire Fofana avec la torture et le meurtre d'Ilan Halimi). Mais de la vanne entre copains à un massacre, il y a un abysse.

 

S’il a été révélé que Mohammed Merah avait été interné en hôpital psychiatrique, si malgré son calme et ses propos cohérents avec sa démarche, nous avons tous perçu que c’était un jeune homme fragile, il ne faut pas non plus occulter le fait qu’il a invoqué sa religion pour expliquer ses meurtres. Il ne faut pas non plus occulter le fait qu’il a évoqué le sort des enfants palestiniens, tués dans le conflit Israëlo-Palestinien.

 

Mohammed Merah a basculé dans l’intégrisme et dans le délire meurtrier  aussi parce qu’il était fragile psychologiquement et parce qu’il a baigné un peu trop longtemps dans un bain de poncifs anti-juifs. Or, souvent, devenir très religieux donne un certain statut aux personnes pas très affirmées vis-à-vis des autres... et être un bon croyant c’est aussi défendre les autres croyants.

 

L’homme perçu comme « pieux » gagne en charisme, en respect.

 

Jeannette Boughrab, Secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Vie associative, a déclaré dernièrement "les musulmans doivent davantage dénoncer les actes barbares comme ceux de Mohamed Merah avant de craindre l’amalgame".

 

Cette déclaration fait suite aux propos d’Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) et un des responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM) : « les musulmans eux-mêmes doivent s'interroger sur la prévention de ces dérives. Les imams et les aumôniers doivent éclairer les plus jeunes ou ceux qui découvrent la religion. ». Et la tentation est grande pour certains d'aller au-delà de la religiosité, comme ce fut le cas pour Mohammed Merah.

 

Les responsables musulmans doivent être plus vigilants pour éviter qu’un jeune, fragilisé psychologiquement, ne soit tenté d’instrumentaliser l’Islam à des fins qui ne peuvent que nuire aux non-musulmans comme aux musulmans eux-mêmes.

 

Anouar Kbibech : « il ne faut pas oublier que quand un jeune bascule dans le terrorisme, des milliers d'autres  basculent dans la citoyenneté active et que, d'une manière générale, les premières victimes de l'islamisme ce sont l'islam et les musulmans".

 

Suis-je le gardien de mon frère ? » demande le rappeur Sefyu. Il serait temps, oui

 

Une vigilance requise d’autant plus que certains individus cautionnent l’impensable. Le Parisien a publié un article très délicat à ce sujet. Jamel Debbouze s'est exprimé sur le sujet : "Pour certains imbéciles, il y a une espèce de fierté et ils en font une sorte de héros [...] car, d'un coup, ce Mohamed Merah a défié le Raid tout entier". Certaines associations pro-palestiniennes, elles, n’ont même pas pris la peine de présenter leurs condoléances aux familles endeuillées. Sur les réseaux sociaux, et notamment Twitter, le hashtag  #Momo rassemble des tweets qui font écarquiller les yeux avec des commentaires du style « Moi j'dis il l'est a tous niqué. [..] Momo est mort; franchement respect mec. RESPECT! ».

 

Pendant ce temps, l’Autorité Palestinienne, elle, condamne la tuerie et la justification d’ « actes terroristes » par la défense des palestiniens par la voix de son premier ministre Salam Fayyad. En résumé, les musulmans ont fort à faire pour soigner leurs brebis galeuses. Faute de quoi, « qui ne dit mot consent » : le silence sera pris pour un soutien passif.

 

En clair, les non-musulmans penseront que la majorité des musulmans cautionnent des actes inqualifiables. En encore plus clair, il y a de quoi s’inquiéter… au final pour les musulmans eux-mêmes. Et c’est du ressort des responsables religieux.

 

Faute de quoi, c’est le vote extrême-droite qui ira crescendo. Sans parler de ceux , bornés, qui se feront un plaisir de rendre la vie impossible à tous ceux qu’ils identifieront comme musulmans.

 

La politique d’Israël devient-elle dangereuse… pour les juifs eux-mêmes ?

 

 

Pour de nombreux observateurs, la question de l’importation du conflit Israëlo-Palestinien est à nouveau posée. La question même de la « communauté » pourrait faire débat. Mohammed Merah a dit à l’un des soldats qu’il a assassiné “Tu tues mes frères, je te tue”.

 

Pour lui, un afghan ou un palestinien est un frère, plus qu’un jeune français d’origine maghrébine comme lui, mais qui sert l’état français. Il y aurait donc un destin commun aux musulmans. Ainsi ce qui arrive à un musulman en Palestine interpelle un musulman qui vit en Europe…

 

De la même façon pourrait-on dire qu’une personne de confession juive se sent concernée par ce qui arrive à une autre personne de confession juive, nous en avons eu la preuve notamment avec la marche silencieuse organisée pour les 4 meurtres délibérément anti-juifs.

 

Il ne s’agit pas de savoir si les uns et les autres ont raison ou tort. Il ne s’agit pas non plus de céder à l’intimidation. Mais peut-être que cet acte hyper violent devrait interpeler Israël. Après tout, tous les juifs ne cautionnent pas toutes les décisions prises par l’état Israélien. Notamment en matière de colonies…ou "settlement" comme disent les anglo-saxons. Et si la politique d’Israël au Moyen-Orient devenait dangereuse dans le monde entier pour les juifs eux-mêmes ?

 

« Représente ! » : le symbole vs la démarche politique

 

 

Ce que dit aussi cet évènement, c’est que nous sommes tous pour certains en quête de symboles et de raccourcis, que nous le voulions ou non, des représentants de nos « communautés » respectives. Pouvons-nous lutter contre cela ? Le gouvernement d’un pays démocratiquement élu ne représente souvent que 51% de sa population !

 

Pour des esprits bornés et parfois malades, nous ne serions donc qu’un représentant d’un ensemble. Et si ces esprits dérangés ont décidé de s’attaquer à cet ensemble, ils s’en prennent à nous. Par facilité. Parce que nous sommes plus accessibles qu’un chef d’état ou qu’un politique. Plutôt que de faire l’effort d’une vraie démarche militante, la seule acceptable : une action politique. Mais pour cela, il faut travailler, apprendre, mériter le pouvoir et les responsabilités (et jouer des coudes).

 

C’est pour cette raison qu’il ne faut pas que de tels actes aient d’autres conséquences qu’une condamnation unanime. Pour montrer aux aspirants terroristes que ce n’est pas en tuant ou en persécutant qu’on fait avancer une cause. Bien au contraire. Un exemple en France de terrorisme converti à la politique ? Les nationalistes corses qui ont officiellement abandonné les armes pour fonder un parti et peser dans la balance démocratique, le seul poids revendicatif reconnu et incontestable. Et ils sont désormais beaucoup plus écoutés que par le passé. Autre exemple à l'international cette fois ? La démarche de Mahmoud Abbas pour faire reconnaître la Palestine à l'ONU, une action positive et saluée par de nombreux acteurs politiques.

 

En même temps, Israël ne devrait-il pas entendre les voix qui s’élèvent pour dénoncer certaines de ses décisions au Moyen-Orient ?

 

L’affaire Dreyfus du XXIè siècle

 

Autres temps, autres mœurs… autres victimes juives. Cette affaire a révélé et continue de révéler de nombreuses réalités qui couvent depuis longtemps en France mais que personne n’aime beaucoup aborder.

 

Elle mêle Islamisme, amalgame musulman/pratiquant/salafiste/terroriste favorisé par le silence des uns face aux actes des autres et par la méconnaissance de la culture arabo-musulmane au sein des non-musulmans, racontars de quartiers et légendes urbaines, manque de perspectives sociales, racisme à l’embauche et ostracisme, fragilité de l’équilibre entre les communautés, antisémitisme larvé, contenus douteux mais faciles d’accès sur internet, choix politiques israéliens au Proche-Orient, sort des Palestiniens, engagement militaire français à l’étranger, immigration et politique intérieure française.

 

Que des sujets légers.

Par Marica - Publié dans : La société, elle a plein de problèmes
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Maricasblog

  • Blog culturello-socio-politico-economico-critique
  • : Faits de société, Internet, vie d'entreprise, tendances, humour et culture... Liberté de ton et éclectisme des sujets traités

RECOMMANDER

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Album photo

  • img-0161.jpg
  • img-0166.jpg
  • img-0213.jpg
  • img-0148.jpg
  • img-0169.jpg
  • img-0143.jpg
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés